Un sursaut gamma se caractérise par un bombardement brutal mais bref de la Terre par des rayons gamma (quelques photons par cm2 et par seconde dans le spectre énergétique 50 à 300 keV) en provenance d'une source ponctuelle. La durée est courte : de quelques millisecondes à quelques dizaines de minute. Ce phénomène, d'origine extra-galactique (sa source se situe en dehors de notre galaxie), est la manifestation de l'événement astronomique dégageant la plus forte énergie de l'Univers : en quelques secondes le sursaut gamma libère dans un faisceau étroit plus d'énergie que celle produite par notre Soleil durant toute sa vie dans la séquence principale (10 milliards d'années). L'émission de rayons gamma est suivie d'émissions moins énergétiques (rayons X, ultraviolet, lumière visible, infrarouge, micro-ondes et ondes radio) et de plus longue durée (quelques heures à quelques jours). Les sursauts gamma sont rangés dans deux catégories en fonction de leur durée : les sursauts courts dont le rayonnement est perceptible 0,3 seconde et les sursauts longs majoritaires d'une durée moyenne de 30 secondes. Les sursauts gamma sont détectés avec une fréquence moyenne d'un par jour par l'observatoire Compton Gamma-Ray ObservatoryN 1 et leurs sources sont réparties dans le ciel de manière uniforme
L'explication la plus courante des sursauts gamma longs est que ceux-ci sont le sous-produit d'une hypernova d'un type particulier : les collapsars. L'hypernova est l'explosion d'une étoile géante (20 à 30 fois la masse de notre Soleil) en fin de vie qui résulte de son effondrement gravitationnel et aboutit à la formation soit d'une étoile à neutrons soit d'un trou noir. La matière située à la périphérie du cœur de l'étoile est attirée par la région centrale plus dense et génère un disque d'accrétion avec des vitesses de rotation fortement différenciées selon la distance au centre de rotation. Cette rotation engendre un champ magnétique. Il existe plusieurs types d'hypernova selon les caractéristiques de l'étoile. Si l'étoile est extrêmement massive, d'une métallicité faible et que sa vitesse de rotation initiale est élevée (cas du collapsar), la torsion des lignes du champ magnétique générée par le différentiel de vitesses au sein du disque d'accrétion produit deux jets de matière étroits et symétriques dont la direction se confond avec l'axe de rotation. Le jet est émis à des vitesses proches de celle de la lumière dans le vide (vitesse relativiste) et est donc soumis à des phénomènes relativistes. Le processus précis à l'origine du rayonnement gamma observé dans un sursaut gamma reste controversé. Selon le modèle le plus courant, dit de la « boule de feu », la vitesse, la pression, la température et la densité au sein de la matière éjectée ne sont pas homogènes. Lorsqu'une couche de matière en rattrape une autre, le choc produit des photons gamma. Ce phénomène est bref car la matière expulsée se heurte par la suite au milieu interstellaire en produisant un rayonnement moins énergétique (rayons X, visible, ultraviolet...) sur une durée plus longue
Juillet 1967 |
Découverte accidentelle par deux satellites d'alerte précoce américains Vela d'émissions gamma puissantes, brèves et ponctuelles. Leur source est inconnue. |
Vers 1970 |
Les ingénieurs du laboratoire national de Los Alamos tentent d'identifier l'origine du phénomène mais les sources astronomiques potentielles de rayons gamma connues (Soleil, supernova...) sont mises hors de cause. |
1973 |
Le phénomène couvert jusque-là par le secret militaire est déclassifié. Il est baptisé « Gamma Ray Burst » (sursaut gamma). |
1991-1996 |
L'observatoire spatial Compton Gamma-Ray Observatory de la NASA est lancé en 1991. Les données collectées démontrent que les sources des sursauts gamma sont distribuées de manière uniforme dans le ciel ce qui indique une origine extra-galactique. Le satellite détecte environ un sursaut gamma par jour. Il identifie deux familles de sursauts gamma caractérisés par une durée courte (en moyenne 0,3 seconde) et longue (en moyenne 30 secondes) |
1997 |
Mise en orbite du télescope spatial BeppoSAX de l'agence spatiale italienne
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En 2004, les découvertes effectuées par le télescope spatial BeppoSAX ainsi que les observations réalisées par la suite depuis le sol permettent de déterminer que les sursauts gamma se produisent dans des galaxies lointaines (décalage vers le rouge compris entre 0,0085 et 4,5). À cette date, la distance d'une trentaine de ces événements est déterminée. Mais, du fait de la brièveté du phénomène (moins de quelques minutes), il est très difficile de fournir à temps une localisation suffisamment précise pour permettre des observations détaillées : à l'exception de deux cas, les observations ne peuvent être effectuées qu'après un délai compris entre 3 et 8 heures et n'ont donc porté que sur les émissions postérieures au sursaut gamma.L'architecture du télescope Swift est conçue pour, à la fois, accélérer la diffusion de l'information vers les télescopes terrestres et poursuivre de manière autonome l'étude sur une grande plage de longueurs d'onde :
Transmettre la position d'un sursaut gamma dans les secondes qui suivent sa détection aux astronomes travaillant depuis le sol pour qu'ils puissent pointer leurs instruments terrestres et éventuellement d'autres télescopes spatiaux comme Hubble avant l'extinction de l'émission de photons gamma. Compte tenu de la courbe de distribution des durées des sursauts gamma, les concepteurs de la mission estiment que, dans environ 10 % des cas, les observations dans le rayonnement X et ultraviolet peuvent être effectuées alors que le sursaut gamma est toujours en cours.
Effectuer immédiatement avec les instruments à bord des observations de l'événement sur un large spectre électromagnétique allant des rayons gamma à la lumière visible en passant par l'ultraviolet et les rayons X.
Les trois instruments de Swift sont utilisés successivement par le logiciel embarqué pour affiner la localisation du sursaut gamma sans intervention humaine : moins de 300 secondes après la détection du sursaut une position de l'ordre de la seconde d'arc peut être fournie.
Pour remplir ces objectifs l'observatoire spatial combine plusieurs dispositifs :
Le détecteur de rayons gamma (BAT) est doté d'un large champ de vue (un huitième de la sphère céleste) et d'une sensibilité suffisante pour fournir une première localisation précise d'une centaine de sursauts gamma par an.
Le logiciel embarqué détermine sans intervention du sol, en fonction de certains paramètres, si l'événement détecté par l'instrument BAT mérite une observation plus poussée et, en cas de réponse positive, déclenche une rotation du satellite pour pointer un télescope à rayons X et un télescope visible/ultraviolet co-alignés vers la source localisée par BAT. Le programme calcule la meilleure trajectoire de rotation pour éviter de diriger les instruments sensibles vers le Soleil, la Lune ou la Terre.
Le satellite peut modifier rapidement son orientation grâce à des roues de réaction tout en ayant la capacité à faire face aux variations rapides de température qui découlent du changement des zones exposées au Soleil. C'est à cette agilité que le télescope spatial doit son nom : Swift est la désignation anglaise du martinet, un oiseau capable d'effectuer en vol de rapides changements de direction,. En 2018, le nom de Neil Gehrels est ajouté à la dénomination du télescope.
Le système de télécommunications de Swift est conçu pour fournir les informations de localisation aux stations terrestres en quasi temps réel. Dans la mesure où le satellite circule en orbite basse, il n'est à portée de réception de la station terrestre qu'une dizaine de fois par jour. Pour contourner ce problème les données sont envoyées vers les satellites de télécommunications TDRS de la NASA situées en orbite géostationnaire dont au moins un exemplaire est toujours visible depuis le télescope spatial. Depuis cette orbite haute, ces satellites sont en permanence en vue des stations terrestres et ils relaient l'information transmise par Swift.
Les objectifs détaillés de la mission Swift à son lancement sont les suivants :
Identification de l'événement générateur et catégorisation du phénomène
La durée des sursauts gamma est très variable (de quelques millisecondes à plus d'une minute) avec une durée moyenne comprise entre 2 et 10 secondes. Les émissions postérieures au sursaut gamma proprement dit dans le domaine spectral des rayons X et de la lumière visible ont des caractéristiques variables qui peuvent traduire des processus de genèse variés. À la date du lancement de Swift, deux processus générateurs de sursaut gamma sont identifiés : l'effondrement gravitationnel d'une étoile géante aboutissant à la formation d'un trou noir et la fusion de deux étoiles à neutrons binaires. Mais d'autres processus peuvent produire des sursauts gamma : certains théoriciens affirment à l'époque que l'évaporation des trous noirs peut également produire un sursaut gamma d'une durée inférieure à 2 secondes. Dans ce contexte la mission Swift a pour objectif de19 :
Détermination des processus physiques et déroulement du sursaut gamma
Les sursauts gamma constituent les événements les plus puissants de l'Univers connu après le Big Bang. Les énergies en jeu sont beaucoup plus importantes que tout ce qui peut être reproduit en laboratoire. Chaque sursaut gamma est à ce titre une source d'informations potentielle sur la physique nucléaire et fondamentale. L'explosion balaie le milieu interstellaire avec des débris qui, pour certains, atteignent des vitesses proches de celle de la lumière dans le vide. L'onde de choc réchauffe les gaz environnants en les portant à des températures extrêmement élevées et déclenche peut être la formation de nouvelles étoiles. Ce sont les interactions au sein de cette onde de choc et avec le milieu environnement qui produisent l'émission des rayons gamma que nous voyons. La portée de cette onde de choc et la largeur du faisceau gamma émis restent à préciser. Dans ce contexte, Swift doit20 :
Détermination des caractéristiques de la phase primordiale de l'Univers
Selon certains théoriciens, une petite fraction des sursauts gamma se sont produits au sein des premières étoiles de l'univers (étoiles de population III). Ces étoiles se distinguent par leur masse (en moyenne 100 à 1 000 fois plus importante que celle de notre Soleil) et leur composition chimique (absence d'éléments chimiques plus lourds que l'hydrogène et l'hélium). Compte tenu de leur masse, leur mort doit générer un sursaut gamma. Swift doit donc pouvoir cartographier ces étoiles qu'aucun télescope existant ne peut observer. Sur ce thème, les objectifs de la mission Swift sont les suivants20 :
Recensement des sources de rayons X durs[modifier
Swift effectue un recensement poussé des émissions de rayons X dur émanant de l'ensemble de la voûte céleste. La sensibilité des instruments de Swift, 20 fois supérieure à celle des instruments existants sur cette partie du spectre électromagnétique, doit permettre de découvrir 400 trous noirs supermassifs dont les émissions en rayons X mous sont actuellement masquées
Le satellite comprend trois instruments dont les axes optiques sont parallèles. Lorsqu'un nouveau sursaut gamma est détecté ils sont utilisés dans l'ordre de leur description ci-dessous afin d'affiner progressivement la position de la source :
Burst Alert Telescope, ou BAT, télescope observant les rayons X durs/gamma mousN 3 de 15 à 350 keV d'énergie sur une grande partie du ciel (2 stéradians). Il effectue le premier repérage et calcule des coordonnées du sursaut gamma avec une précision de plusieurs minutes d'arc.
X-Ray Telescope, ou XRT, télescope à rayons X mous de 0,2 à 10 keV d'énergie. Il permet d'affiner la position de la source avec une précision de quelques secondes d'arc près.
UltraViolet/Optical Telescope, ou UVOT, télescope UV/Optique de 170 à 650 nm fournit la position de la source avec une précision d'une fraction de seconde d'arc.
Pratiquement chaque année les données recueillies par l'observatoire spatial débouchent sur la découverte d'un nouveau phénomène astronomique. L'observatoire détecte annuellement une centaine de nouveaux sursauts gammaN 6.Recensement et typologie des sursauts gamma
Swift contribue largement à faire progresser notre compréhension des sursauts gamma en découvrant plus de 1 000 événements de ce type (bilan à novembre 2015) dont 10 % de sursauts courts. La distance de 30 % de ces sursauts est établie.
Swift détecte une nouvelle classe de sursauts gamma de longue durée, caractérisée par un rayonnement plus doux, qui ne sont pas associés à des supernova.
L'instrument XRT mesure de brusques variations dans l'intensité du rayonnement X et, dans certains cas, une décrue très progressive de ce rayonnement. Ce constat suggère que le processus physique à l'origine du sursaut reste actif plusieurs minutes, voire plusieurs heures, après son début.
Formation des sursauts courtsLes instruments UVOT et XRT, en fournissant la position de sursauts courts avec une précision de l'ordre de la seconde d'arc via l'observation de la contrepartie X/optique, permettent de renforcer la théorie qui associe les sursauts courts à la fusion de deux étoiles à neutrons.
Swift confirme la présence d'une émission rémanente (X et optique) pour cette catégorie de sursaut et contribue à renforcer la théorie selon laquelle l'événement générateur n'est pas l'effondrement d'une étoile géante.
Les sursauts courts détectés se situent plus près de la Terre avec un décalage vers le rouge (z) de 0,5 en moyenne contre z =2,7 pour les sursauts longs.
Les sursauts gamma courts ont des caractéristiques (spectre électromagnétique, évolution de celui-ci...) similaires aux sursaut longs. La différence avec le sursaut long porte uniquement sur l'événement qui le génère.
Étude de la première génération d'étoilesAucune étoile de population III (catégorie hypothétique d'étoiles apparue immédiatement après le Big Bang) n'a pu être identifiée par Swift mais le télescope spatial permet de détecter grâce au sursaut GRB 090423 l'objet céleste le plus lointain jamais identifié au moment de sa découverte. Celui-ci se trouve à 13,035 milliards années-lumière de la Terre (décalage vers le rouge de 8,2) soit 630 millions d'années après le Big Bang ou 230 millions d'années après le début de la formation des étoiles (fin des âges sombres).Recensement des phénomènes transitoiresSwift est l'engin spatial qui a fait preuve de la plus grande efficacité pour le recensement des phénomènes transitoires :6 des 10 magnétars connus sont découverts par BAT (situation à décembre 2014).
Swift détecte conjointement avec l'observatoire spatial Fermi deux sursauteurs gamma mou SGR 0501+4516 en août 2008 et SGR 0415-5729.
Recensement des sources de rayons X dursDans le cadre d'une campagne d'observation de 70 mois, les instruments du télescope spatial détectent 1 171 sources de rayonnement X durs associées à 1 210 contreparties. Ces relevés identifient toutes les sources émettant au moins 1,03 × 10−11 ergs s−1 cm−2 pour 50 % de la voûte céleste et celles émettant au moins 1,34 × 10−11 ergs s−1 cm−2 pour 90 % de celle-ci.
Ce recensement permet d'identifier plus de 700 galaxies actives.
DiversSwift permet d'obtenir des informations uniques sur le rayonnement ultraviolet et X des comètes C/2007 N3 (Lulin) et 8P/Tuttle ainsi que sur l'impact déclenché par la sonde spatiale Deep Impact ;
Le télescope spatial permet de détecter la dislocation d'une étoile par un trou noir supermassif,.
Le télescope spatial détecte un trou noir de masse intermédiaire dans la galaxie NGC 5408.
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